JAZZ & PHOTO : brève complicité entre la prévoyance et le hasard.

 

Jeudi 10 février 2005

http://www.photographie.com

Histoire(s) parallèle(s)
Confrontations parallèles
Rencontre avec Erik Kessels
Pour le Mois de la Photo, l’Institut Néerlandais a choisi de confronter deux jeunes générations de photographes. La première, celle qui officie en Hollande a été choisie par le Français Gabriel Bauret. La deuxième, celle qui représente l’avenir de la photographie française, a été passée en revue par Erik Kessels. Rencontre le comissaire hollandais.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-11-22


Home & Away
De l’identité
Rencontre avec Rip Hopkins
Chez eux nulle part, indésirables partout, tels sont les "Déplacés" de Rip Hopkins. Forcées de quitter leur pays d’origine par la Russie tsariste puis par l’URSS, des populations entières se sont installées en Asie Centrale, région qui intéresse tant le photographe. Il s’est penché plus particulièrement sur l’Ouzbékistan, ancienne république soviétique. Il y a rencontré ces déplacés et leurs descendants perdus entre deux identités. Le résultat est un livre aux Editions Textuel et une exposition à la galerie Camera Obscura. Le tout avec une originalité : "Déplacés" est un reportage de 99 images et des légendes de 99 caractères. C’est l’occasion de rencontrer Rip Hopkins et découvrir les secrets qui se cachent derrière son travail.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-11-03


"André Kertész et la Hongrie"
De l’importance des origines
Rencontre avec Madga Szabo
André Kertész (1894-1985) disait : "Plus tard, que ce soit à Tiszaszalka, à Esztergom ou à Dunaharaszti, en France ou à New York, lorsque je prenais une photo des paysages ou des hommes, c’était toujours la campagne de Szigvetbecse et ses habitants qui renaissaient à nouveau sur chaque cliché."
Durant toute sa vie, le photographe d’origine hongroise a gardé en mémoire son village natal. Souvenir qui a joué un rôle important dans sa photographie. L’Institut hongrois rend hommage à André Kertész en exposant des images peu connues réalisées dans sa jeunesse et à la fin de sa vie. Rencontre avec Madga Szabo, Directrice adjointe aux Affaires Artistiques de l’Institut et commissaire de l’exposition.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-10-13


Mois à Paris de 1839 à 1914
Relecture du XIXe
Rencontre avec Denis Canguilhem
On se méprend trop souvent sur la photographie ancienne. Tel est l’avis de Denis Canguilhem, dynamique délégué artistique en charge de cette période. Le Mois de la Photo est donc une occasion d’aborder différemment le XIXe siècle en découvrant des clichés étonnants et inédits. Petite mise au point avant de visiter les expositions.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-10-08


Agence France-Presse, 1944-2004
Rapidité et qualité
Rencontre avec Pierre Fernandez
Il y a soixante ans, naquis l’Agence France Presse. Depuis, elle a était l’un des plus importants témoins des événements du XX ème siècle. Etant en amont des médias, le grand public la connaît grâce à ses photographies. Une grande exposition à la Bibliothèque Nationale de France est l’occasion de nouer des liens plus intimes avec ce public que l’agence informe depuis soixante ans. Rencontre avec Pierre Fernandez, Directeur Délégué, Chargé de la Communication Evénementielle et de l’Edition.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva.

2004-10-06


La collection photographique de la Fnac
"Images entre histoire et poésie"
Rencontre avec Laura Serani
Depuis sa fondation à Paris en 1954, La Fnac a joué un rôle culturel important, contribuant à la divulgation de la culture et notamment de la photographie auprès du grand public. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la Fnac, une sélection d’environ deux cent cinquante images de sa Collection photographique sera présentée à la Conciergerie et dans ses galeries photos. Rencontre avec Laura Serani, directrice des Galeries Photo de la Fnac.
2004-10-05


"Vu d’Italie, 1841-1941"
A la découverte de la photographie italienne
Rencontre avec Anne Cartier-Bresson
Fondé à Florence en 1852, l’atelier des frères Alinari joua un rôle primordial dans le développement de la photographie en Italie. Spécialisés d’abord dans la reproduction du patrimoine artistique de Florence, ils étendirent leur activité à l’ensemble des genres photographiques. Leurs archives ont permis la sauvegarde de documents extrêmement importants concernant les mœurs, la culture et l’industrie en Italie et en Europe, du xixe siècle à nos jours.
L’exposition au Pavillon des Arts retrace un siècle d’histoire de la photographie italienne à travers un choix d’œuvres du Musée Alinari crée à Florence en 1985. Anne Cartier-Bresson, directeur de l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris (ARCP) est la commissaire de l’exposition avec Monica Maffioli et Béatrice Riottot El-Habib. Rencontre.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva.

2004-10-05


"L’Utopie photographique, cent cinquantenaire de la SFP"
Fragiles et précieuses
Rencontre avec Michel Poivert
Fondée le 15 novembre 1854, la Société française de photographie (SFP) est la plus ancienne société photographique encore existante de nos jours. Ses collections patrimoniales, classées au titre des monuments historiques, n’ont cependant pas été exposées en France depuis plus de quinze ans.
Michel Poivert est le commissaire de l’exposition avec Carole Troufléau.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-10-01


"Robert Capa. Connu et inconnu"
Entre Robert Capa et Endre Friedmann
Rencontre avec Laure Beaumont-Maillet
Père du photojournalisme, charismatique et mystérieux, Robert Capa connut une carrière flamboyante et une vie sans attaches, arrêtée brutalement par une mine antipersonnel, en Indochine le 25 mai 1954.
Pour marquer le cinquantième anniversaire de sa mort, la Bibliothèque Nationale de France lui consacre une exposition intitulée "Robert Capa, connu et inconnu" qui fera découvrir non seulement le photographe légendaire mais également l’homme qu’il a été. Rencontre avec Laure Beaumont-Maillet, commissaire de l’exposition avec Françoise Denoyelle.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-09-30


Mois à Paris de 1910 à 1960
Inventaire des histoires
Rencontre avec Virginie Chardin
Virginie Chardin fait partie des trois délégués artistiques en charge de la programmation du Mois Européen de la Photographie à Paris. La période qui est sous sa direction, à savoir 1910-1960, définit toutes les fonctions de la photographie et cerne la notion même du mot "histoire". Une histoire de la photographie bien sûr, l’histoire de ceux qui la font, la photographie devant l’Histoire et l’histoire posthume des images. Le résultat : une sélection très riche qui va faire découvrir au public beaucoup de photographies inédites.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-09-30


Mois à Paris de 1960 à aujourd’hui
Aux frontières des arts plastiques
Rencontre avec Anne Tronche
La direction de la partie contemporaine du Mois de la Photo fut attribuée à Anne Tronche, historienne de l’art contemporain. Au sein de sa sélection, de 1960 à aujourd’hui, elle propose plusieurs attitudes photographiques avec une ouverture sur les arts plastiques. C’est l’occasion de découvrir quelles clés seront confiées au visiteur pour appréhender la création contemporaine.
Propos recueillis par Natalia Grigorieva

2004-09-30

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Jeudi 18 novembre 2004

Les évènements et la chose

Le succès du salon Paris-Photo, dont la huitième édition vient de s’achever au Carrousel du Louvre, confirme la place que la photographie occupe dans le paysage culturel et artistique. Alors que le Mois de la photo lui aura, au fil des années, conféré une reconnaissance et un public populaire, le salon Paris-Photo prend acte de sa pleine légitimité artistique en fédérant des galeries internationales et en s’adressant en priorité aux collectionneurs.
Après avoir été longtemps exclue du champ de l’art, la photographie en est devenue aujourd’hui l’un des matériaux majeurs. Mais cette sorte de volte face de l’histoire de l’art intervient au moment du déclin historique, et sans doute irréversible, des usages pratiques de la photographie : profondément liée à la société industrielle, elle n’est plus en mesure de satisfaire efficacement les besoins en images de la société de l’information.

La baisse historique de ses fonctions pratiques ne signifie évidemment pas la mort de la photographie, mais son passage vers d’autres territoires qui la rendent disponible à d’autres usages, d’autres regards, d’autres pratiques, d’autres formes.
Et à d’autres approches théoriques aux antipodes des conceptions d’un Roland Barthes, et de cette sorte de monoculture de la trace et de l’empreinte qui alimente les discours sur la photographie depuis un quart de siècle.

C’est ainsi que l’on commence à considérer que la photographie n’a pas seulement affaire avec le monde physique et matériel des choses existantes, mais aussi avec le monde immatériel des événements non existants. Ce qui revient à prendre en compte les grands refoulés des postures documentaires : l’écriture, le sujet, le dialogisme. Autrement dit, l’image, l’auteur, l’Autre.

L’image photographique, qui toujours désigne des choses et des états de choses, exprime simultanément des événements. Elle n’est pas simplement la trace plus ou moins ressemblante des choses existantes, elle exprime aussi des événements incorporels non existants.
L’événement n’est pas ce qui arrive (l’accident), mais ce qui est désigné dans ce qui arrive et exprimé dans les plis des images. C’est par leur énorme capacité à désigner et à exprimer que la photographie et les médias parviennent à «créer l’événement» à partir de ce qui arrive de plus banal.

Quand, par exemple, tel photographe conçoit, dans le style particulier des portraits d’acteurs, une série de portraits d’exclus condamnés à une profonde invisibilité sociale, il participe à cet événement qui les «élève à la dignité de gens célèbres». Cet événement s’effectue par un ajustement des distances, par l’adoption d’un registre de postures corporelles, par le déploiement d’une panoplie d’instruments et d’objets, par le réglage technique des rapports entre les appareils et les corps, par le choix de points et d’angles de vue, par la mise en œuvre d’une certaine écriture en rapport avec certains codes esthétiques et sociaux, etc.
L’événement «élever à la dignité de gens célèbres» ne survient qu’au croisement d’infinies variations de ces paramètres. A partir des mêmes choses et des mêmes corps d’autres variations actualiseraient un autre événement, totalement différent, tel que, par exemple, «dénoncer la détresse».

L’image actualise un événement qui n’existe pas hors d’elle, elle ne le reproduit pas, elle l’exprime. Elle n’est pas une reproduction mais une création.

La notion d’événement ouvre des directions de pensée qui divergent radicalement de celles définies par les notions d’enregistrement, d’indice, de trace, d’empreinte.
La pensée de l’événement rompt avec la conception de la photographie qui adhère sans reste aux choses et aux corps, qui est dépourvue de formes singulières, et qui n’exprime rien. Elle sort la photographie de l’impasse conceptuelle que constitue son aplatissement sur l’univers restreint des substances, et de l’affirmation d’existence.
La notion d’événement permet d’affirmer avec force que photographier ne se réduit jamais à platement enregistrer, ou à simplement donner à voir, mais que cela consiste indissociablement à désigner (des corps, des choses et des états de choses), et à exprimer (des événements, du sens).

Mais comment la photographie, réputée être intangiblement liée aux choses et aux corps, automatiquement empreinte de matière, irrémédiablement soumise à l’emprise de l’objectivité, s’ouvre-t-elle aux incorporels — aux événements et au sens ?
Elle le peut en raison de la structure double de l’événement qui s’incarne dans les choses auxquelles il survient, et qui est l’exprimé des images. Elle le peut d’autant mieux que les images photographiques ont cette précieuse particularité d’être doubles, de combiner un dispositif (qui désigne les choses) et des formes (qui expriment le sens et l’événement).

Détacher un instant d’un vaste passé-futur, sélectionner ce qui doit être désigné, c’est-à-dire isoler un espace matériel et temporel, tel est précisément ce que permet exemplairement le dispositif photographique, et ce qui fonde sa puissance de désignation.
Mais la désignation des états de choses existants ne parvient pas à exprimer l’événement non existant sans la mise en œuvre d’une forme, une écriture, un style singuliers. C’est ainsi que, faute d’une écriture adaptée, les images les plus parfaitement descriptives peuvent manquer les événements dans les choses. C’est ainsi qu’à négliger les images au profit du dispositif on rabat la photographie sur les choses et les substances, loin des événements et du sens.



André Rouillé.

par Solène Person publié dans : - PHOTO auteurs
 

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