
Tribune dans Reflex(e) Numérique numéro 14 - juillet 2004
"USA. New York City. 1995. Pandora’s Box, Mistress Catherine after the Whipping I, The Versailles Room" - © Susan Meiselas/Magnum Photos
Bush, et ses conseillers va-t-en-guerre ne s’attendaient pas à ce que la révolution numérique se retourne contre eux comme un boomerang. L’explosion de la photographie digitale accompagnée de la facilité de diffusion par Internet a rendu obsolète le couvre-feu sur l’information imposé aux journalistes par l’armée Anglaise depuis la guerre des Malouines, ou celle de Bush père, lors de la première guerre du Golfe.
Avec la guerre d’Irak version Bush Junior, les appareils numériques et les photophones sont enfin considérés par Ronald Rumsfeld comme des armes de destruction massives de … la censure ! Le Secrétaire à la Défense, avant d’interdire les appareils photos dans l’armée, réagit à la médiatisation du scandale : « Les lire, c’est une chose; voir les photos, c’est incroyable ». Sans s’attarder sur ce que représentent les photos, il ne s’inquiète que de leur existence qui déstabilise sa guerre. Et l’ironie est que ce ne sont pas les photojournalistes « embeded » qui les ont prises - finis les reporters ? - mais les soldats eux-mêmes.
Avec la guerre d’Irak version Bush Junior, les appareils numériques et les photophones sont enfin considérés par Ronald Rumsfeld comme des armes de destruction massives de … la censure ! Le Secrétaire à la Défense, avant d’interdire les appareils photos dans l’armée, réagit à la médiatisation du scandale : « Les lire, c’est une chose; voir les photos, c’est incroyable ». Sans s’attarder sur ce que représentent les photos, il ne s’inquiète que de leur existence qui déstabilise sa guerre. Et l’ironie est que ce ne sont pas les photojournalistes « embeded » qui les ont prises - finis les reporters ? - mais les soldats eux-mêmes.
Qui sont ces soldats ?
Montre-nous tes photos, je te dirais qui tu es. La ressemblance des photos de la prison d’Abou Ghraib avec des images de trophées de chasse ou des clichés de touristes est immédiate. Ce sont les mêmes sourires, les mêmes poses devant la Tour Eiffel, une bande de copains ou une pile d’Irakiens. Il est hallucinant de réaliser qu‘elles ont été prises aussi simplement et « naïvement » que des photos d’amateurs. Lynndie England pose avec un prisonnier nu terrorisé au bout d’une laisse comme un pêcheur ayant capturé un gros poisson.
Sous un angle marketing, Jacques Hémon d’Image Market, analyse le basculement observé avec l’usage des appareils photo numériques qui « remplacent les appareils traditionnels pour la prise de photos souvenir et se font également témoins du quotidien de leur utilisateur ». À Abou Ghraib, cela nous emmène très loin car le constat du quotidien des soldats qui ont pris ces photos est alors à l’image de la banalisation de la brutalité dans la vie Américaine
Émules de Boltanski
Quelle est la valeur de ces photos, et tout d’abord à qui appartiennent-elles ? A l’(in)humanité. Tout comme les portraits pris par Nhem Fin des victimes du camp de la mort S-21 au Cambodge, on ne peut imaginer des droits d’auteurs sur de telles images et pourtant oui, elles ont généré des profits pour les distributeurs, CBS, le New Yorker et le Washington Post. Mais ces images resteront assurément dans l’Histoire qui est aussi dans celle de l’Art car l’une d’entre-elles – le prisonnier cagoulé menacé d’électrocution qui écarte les bras debout sur une boîte - est déjà devenue une icône. Un amateur d’art parisien annonce ironiquement à Boltanski qu’il a fait des émules en Irak !
La boîte de Pandore
Mais l’inspiration des clichés est en fait ailleurs, c’est la pornographie version SM bon chic bon genre. Les images de Susan Meiselas d’un reportage sur la scène sado-maso, de « l’humiliation à $ 200 de l’heure » et publiées dans le premier numéro de la superbe revue « M » - comme Magnum - glacent le sang tant la ressemblance avec les photos d’Irak est, si j’ose dire, frappante… Les masques étouffants de New York sont identiques aux sacs sur la tête des Irakiens. Les soldats US, pour s’amuser ou bien sur ordres - quelle différence ? - ont réussi à importer l’imagerie bondage chère à l’occident ! Cela valait-il bien une guerre ? Les images en marqueront sans doute le début de la fin. Souhaitons que le photophone soit pour Bush ce que le magnétophone fût à Nixon.
par Solène Person & Stéphan Caracci
publié dans :
- PHOTO auteurs