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La légitimité artistique de la photographie remonte à moins d’un quart de siècle. Mais cette situation nouvelle s’accompagne d’une énorme confusion dont la fausse notion de «photographie plasticienne» est l’un des derniers avatars. André Rouillé
Alors que certains conformismes de pensée ont longtemps soutenu les exclusions les plus arbitraires à l’encontre de la photographie, d’autres conformismes ne voient plus aujourd’hui que mixages et passages.
Si la question de l’art et de la photographie ne se pose pas en termes d’exclusion, elle se pose différemment de part et d’autre d’une frontière assez nette et guère perméable : d’un côté, «l’art des photographes» ; de l’autre côté, «la photographie des artistes». Une disjonction culturelle, économique, sociale et esthétique, une étanchéité fondamentale, sépare ces deux territoires.

«L’art des photographes» et «la photographie des artistes» sont disjoints car les conceptions et les pratiques de l’art, autant que celles de la photographie, diffèrent radicalement d’un côté et de l’autre.
L’art des photographes est en tous points différent de l’art des artistes, tout comme la photographie des photographes ne se confond nullement avec la photographie des artistes. Non pas du seul point de vue technique, évidemment. Tout sépare en effet les univers de l’art et de la photographie: les problématiques et les formes des productions, les horizons culturels, les espaces sociaux, les lieux, les réseaux, les acteurs, si bien que les passages de l’un à l’autre univers sont véritablement exceptionnels.
«L’art des photographes» désigne une démarche artistique interne au champ photographique, tandis que «la photographie des artistes» se rapporte à la pratique ou à l’utilisation de la photographie par les artistes dans le cadre de leur art, en réponse à des questions spécifiquement artistiques.
La notion de «photographie des artistes» n’a pas pour seule fonction de souligner la frontière qui sépare les pratiques photographiques des artistes, d’un côté, et les pratiques artistiques des photographes, de l’autre côté ; elle vise également à récuser l’expression passe-partout de «photographie médium de l’art».
Pour cela, il faut d’abord historiciser et caractériser les usages de la photographie par les artistes ; puis définir le territoire de «la photographie des artistes», entièrement distinct de «l’art des photographes» ; enfin, réévaluer la notion de «matériau» dans le cadre de l’art contemporain.
Avant de jouer le rôle de matériau de l’art contemporain, la photographie a tour à tour joué le rôle de refoulé de l’art (avec l’Impressionnisme), de paradigme de l’art (avec Marcel Duchamp), d’outil de l’art (chez Francis Bacon et différemment chez Andy Warhol) et de vecteur de l’art (avec les arts conceptuel et corporel et avec le Land Art). Ce n’est qu’aux alentours des années 1980 (comme en écho aux expérimentations des avant-gardes du début du siècle, mais dans des conditions et sous des formes totalement différentes) que la photographie a été adoptée par les artistes comme un véritable matériau artistique.
Il faut préciser que ce devenir-matériau de la photographie doit peu aux photographes, que les artistes en sont les principaux acteurs, et qu’il s’inscrit totalement dans le champ de l’art comme une réponse à ses évolutions tant esthétiques qu’économiques.
Importée sans précaution de la communication et de la peinture moderniste, trop étrangère aux relations entre la photographie et l’art, et trop détachée des contextes, la notion de «médium» uniformément employée aplatit les différences de degrés entre les divers usages que les artistes font de la photographie (comme refoulé, paradigme, outil ou vecteur de l’art).
Mais surtout, la notion de «médium» ne permet pas de comprendre que l’emploi de la photographie comme matériau de l’art contemporain correspond à une véritable césure, à un changement de nature dans les rapports entre l’art et la photographie.
En tant qu’outil ou vecteur, la photographie était utilisée sans être spécialement travaillée (le traitement volontairement pauvre des épreuves équivalait à un refus ostensible du savoir-faire photographique), ni même particulièrement valorisée (les clichés étaient souvent combinés à des cartes, des dessins ou des choses).
En tant que matériau de l’art, au contraire, les photographies sont habituellement exposées seules, après avoir fait l’objet d’un travail esthétique et technique souvent important et sophistiqué.
Alors qu’auparavant les artistes ne réalisaient que rarement les clichés exposés, aujourd’hui ils maîtrisent parfaitement le procédé, leurs images sont souvent d’excellente qualité technique et de taille parfois monumentale.
La photographie a dépassé son ancien rôle subalterne et accessoire pour devenir une composante centrale des œuvres : leur matériau.
André Rouillé, La Photographie. Entre document et art contemporain, ed. Gallimard, coll. Folio/Essais.
Dominique BAQUÉ
La Photographie plasticienne, un art paradoxal
Paris, Éditions du regard, 1998, 328 p., 225 ill. NB et coul., ind., 225 F
Y aurait-il un paradoxe à l'origine de la photographie des années 1980-1990? Son "entrée en art" (entendons son entrée sur le marché de l'art) se serait effectuée à partir de ce qui en constitue la partie la moins noble, celle d'une iconographie purement documentaire. Pour comprendre ce curieux mécanisme qui semble contredire l'ambition même de la photographie à conquérir musées et galeries d'art, il faut se replonger dans l'actualité artistique de la fin des années 1960 et des années 1970, soit aux heures de l'éveil puis du triomphe de l'art conceptuel, présenté comme la forme ultime du modernisme. Installations, textes ou performances firent appel à l'enregistrement photographique pour garder la trace des événements ou bien pour illustrer un concept. La photographie serait ici le simple reliquat d'une histoire de l'art contemporain, dont Dominique Baqué cherche à décrire la lente conversion en une forme déterminante de l'art lui-même. Entrée en art comme une "humble servante", la photographie serait devenue la maîtresse du jeu, par un renversement de situation en bonne part déterminé par l'abandon de sa propre histoire celle des photographes et de leur repli sur la "spécificité" du médium. Voilà, à grands traits, l'analyse et la tentative de récit que propose La Photographie plasticienne. Le dénominateur commun des photographies retenues ici provient de l'origine qu'elles trouveraient dans l'art conceptuel, soit la marque d'une certaine "pauvreté", due à son statut quasiment administratif de document. Paradoxe toujours, puisque cette esthétique du banal aurait préparé en sous-main les développements formels des années 1980, marquées notamment par l'emploi du grand format et de la couleur. Ainsi, en quittant le photojournalisme et autres applications utilitaires, en rompant avec des notions telles que "l'instant décisif", en se démarquant enfin de ce que l'on appelait dans les années 1980 la "photographie créative", la photographie plasticienne aurait trouvé les moyens de convertir les conditions d'une naissance sans lustre en un destin historique.
Pour qu'un tel destin s'accomplisse, il aura été nécessaire d'établir la légitimité théorique d'un art photographique par le biais d'une définition de l'essence du médium lui-même. Le constat prophétique de la perte de l'aura chez Benjamin reste ici largement exploité, la sémiologie barthésienne est quant à elle critiquée dans sa réduction de l'image au référent, le nom de Rosalind Krauss apparaît pour saluer la pertinence de la notion d'indice, et l'auteur reconnaît enfin à Philippe Dubois le mérite d'avoir nuancé la notion d'empreinte en posant la question de l'acte et de la réception de la photographie. Plus présent encore, mais en filigrane, le discours critique de Jean-François Chevrier apparaît essentiel dans sa réflexion historique et formaliste qui aboutit à la notion de forme-tableau.
Qu'il y ait eu dans ces années 1980 une actualité théorique autour de la photographie, on n'en disconviendra pas, mais nulle analyse ne permet ici de recouper ces théories et d'établir ce qui fonde la légitimité d'une photographie "plasticienne". Décidément, c'est du côté de l'art conceptuel que Dominique Baqué perçoit une filiation, notamment dans l'intérêt que ces artistes ont trouvé chez Walker Evans et la notion de "style documentaire", mais aussi dans la question des rapports entre texte et image - là où, d'Edward Rusha à Dan Graham, de Victor Burgin à Douglas Huebler, s'élaborent au sein d'images banales et testimoniales, les lentes conditions d'émergence d'une représentation plus attentive à l'imagination et à la forme. Pour Baqué donc, le conceptuel fut le terreau probablement inconscient d'un art photographique "plasticien". Pour mieux y croire, il nous faudrait un véritable essai historique un peu plus, à vrai dire, que l'accumulation de notes de synthèse - et l'ouverture sur un univers de référence élargi qui associerait au strict art conceptuel les antécédents de la scène artistique des années 1960, d'un Rauschenberg ou bien encore d'un Wolf Vostell. Les enjeux plastiques et critiques y sont là probablement plus lisibles, et posent clairement la question de l'intégration de l'imagerie documentaire et de son style aux enjeux esthétiques.
Michel Poivert
Bulletin de la SFP, 7e série-N°6, octobre 1999, p. 2.
La galerie Liliane et Michel Durand-Dessert, créée en 1975 à Paris, est un des hauts lieux du marché de l'art contemporain. On peut y découvrir, depuis son origine, des travaux photographiques, réalisés notamment dans le contexte de l'art conceptuel dont les Durand-Dessert furent les principaux promoteurs en France. L'histoire et l'activité de cette galerie offrent aujourd'hui l'occasion d'interpréter le succès de la photographie sur le marché de l'art contemporain.
Vous êtes aujourd'hui un des acteurs du marché de la photographie. Cela veut-il dire que vous vous êtes adaptés, ou mieux que vous avez su voir quelle orientation prenait le marché de l'art contemporain ?
Nous montrons des photographies depuis vingt-cinq ans sur le marché de l'art contemporain (Burgin, Hilliard...). Celui-ci croise aujourd'hui un marché plus spécifique sur lequel nous devons être naturellement présents. Notre aventure est profondément ancrée dans l'histoire de l'art conceptuel, histoire dont on pourrait aisément montrer d'ailleurs qu'elle s'est principalement écrite en Europe, grâce à quelques grands marchands belges, allemands, français ou italiens. Et non pas comme on le croit souvent aux États-Unis, qui sont longtemps restés sur le succès du pop'art. C'est un renversement de perspective qu'il faut établir pour tenter de comprendre la présence de la photographie sur le marché de l'art contemporain.
Le succès de la photographie à partir des années 80 vous semble-t-il directement issu du courant conceptuel ?
Les exemples pourraient être nombreux, des artistes comme Cindy Sherman par exemple ont inscrit leurs premiers travaux dans la lignée de l'art conceptuel. C'est également vrai pour Christian Boltanski. Pour le comprendre, il faut rappeler que l'art conceptuel le plus extrême avait véritablement liquidé non seulement la peinture mais toute pratique plastique. La dématérialisation de l'art, comme on a pu l'appeler, conduisait le marchand à vendre des projets d'installations, des "concepts", c'est-à-dire concrètement des plans, des "modes d'emploi". La photographie intervenait au même titre que ces éléments : une information visuelle, un document témoignant d'une installation ou d'une action.
Si les années 70 ont vu le triomphe du conceptuel, en revanche les années 80 ont marqué le retour de la peinture sur le marché. Comment la photographie a-t-elle appréhendé ce phénomène qui semblait a priori la condamner ?
La photographie telle qu'on vient de la décrire aurait effectivement été écrasée par le retour de la peinture et de son succès sans précédent sur le marché. Mais il ne faut pas oublier que certaines des personnalités phares de cette peinture, notamment Garouste ou Clemente, étaient parties de travaux photographiques s'inscrivant dans le contexte de l'art conceptuel. Le cas de Burgin est exemplaire d'un passage de la photographie "documentaire" de ses performances, à une production photographique autonome.
On pourrait le dire également de Gina Pane, pour qui la réalisation de montages photographiques à partir de ses actions s'est révélée à un moment la finalité même des actions.
Oui et je pense, pour revenir à la période du succès de la peinture et de la figuration libre notamment, que des artistes aujourd'hui reconnus comme les grands représentants de la photographie des années 80-90, c'est le cas de Georges Rousse, ont commencé précisément dans la mouvance de la figuration libre : ses photographies partaient de peintures in situ de facture explicitement "figuration libre".
Pour comprendre l'articulation entre ces différentes générations, on évoque souvent la "culture photographique" des artistes contemporains. L'influence de Walker Evans et de son idée de "style documentaire" est souvent mise en avant pour penser le passage du document artistique à une photographie artistique autonome.
Pour avoir cotoyé les artistes durant toute cette période, je peux dire que cette influence est largement surestimée, elle apparaît me semble-t-il beaucoup plus tard dans un discours rétrospectif. Non, on regardait peu Walker Evans chez les conceptuels des années 70, en revanche on regardait beaucoup August Sander et Karl Blossfeldt. Leur construction systématique comme leur "objectivité" formaient un ensemble de critères qui répondaient parfaitement aux attentes conceptuelles, tout en étant des "images". Un livre me semble avoir joué ici un rôle, c'est La Photographie est-elle un art ? de Volker Kahmen, où l'on mettait en vis-à-vis la photographie historique, celle des avant-gardes et de l'art le plus contemporain. Mais il faut y ajouter l'autre grande source photographique des artistes, comme par exemple Boltanski : c'est l'iconographie vernaculaire. Celle des magazines et de la presse en général, et aussi de la photographie amateur. On trouvait là, à l'état pur de son usage, une stylistique susceptible d'être recyclée dans des projets artistiques. Et encore une fois, cette iconographie vernaculaire souscrivait parfaitement au cadre conceptuel : ce n'était pas de l'art, elle dépendait du discours, elle s'agençait et se retournait parfaitement pour se mettre au service d'un discours critique.
Revenons sur l'historique que vous dégagez, en dressant une généalogie entre art conceptuel et photographie. Ce qui me frappe tout de même, c'est que la photographie a été très présente dans la production pop, aux États-Unis comme en Europe, précisément à partir de productions "mixtes" (collage, etc.). Ne peut-on y voir une autre source de l'émergence de la photographie contemporaine ?
Certes, Warhol a été un moyen d'introduire la photographie sur un marché de l'art contemporain "bourgeois". À cette nuance près toutefois, que la photographie en tant que telle chez Warhol - et je pense aux Polaroid que nous avons montrés - , faisait partie du jardin secret de Warhol, c'est surtout après sa mort, en compulsant ses archives, que la question de la photographie s'est imposée. Quoi qu'il en soit, le rapport du pop à la photographie - celle des médias essentiellement - a surtout reposé sur une question d'iconographie : l'enjeu consistait alors plus à passer de la photographie à la peinture que d'aller de la peinture vers la photographie.
Et en ce qui concerne l'Europe, je pense à l'utilisation de la photographie chez Vostell, Richter, Beuys et dans les années 60 aux activités de Fluxus ?
Il y a peut-être une tradition allemande des pratiques mixtes. Il faut se souvenir de l'importance de quelqu'un comme John Heartfield sur la génération des années 60, expositions ou publications montraient que montage et information allaient de pair. Avec Fluxus, la photographie apparaît tant d'un point de vue documentaire sur les actions que dans une tradition du collage, on y trouve donc réunies les deux grandes approches a priori antagonistes (art et document) qui finalement prennent leur source chez Dada et le surréalisme.
On a parlé récemment du développement d'un "académisme" de la photographie contemporaine, percevez-vous ce phénomène ?
Il faut distinguer ici la question de la création de celle du marché lui-même. Certes, on observe désormais des galeries qui, d'une certaine manière, présentent du "second choix" en matière de photographie contemporaine. Ce second choix est le produit naturel des épigones d'artistes de premier plan, on trouve par exemple une production "trash" à la manière de Nan Goldin. Il s'agit plus généralement d'un effet de mode que d'un académisme au sens d'une domination de l'art par des critères d'autorité venant de l'institution.
Michel Poivert
Le droit de photographier
Tribune dans Reflex(e) Numérique numéro 15 - août 2004

En mai 2004, le tribunal débarque enfin pour libérer la photographie. Premier acte, la Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière limite le droit des propriétaires sur l’image de leur bien dans un journal, sur une publicité ou une carte postale.La haute juridiction affirme que « le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci » ; il ne peut s’opposer à l’utilisation de l’image de son bien que lorsque l’image lui cause « un trouble anormal ». La reproduction de photographies de biens dans la presse, la publicité ou l’édition est donc à nouveau libre. Ce que l’on voit, on peut le photographier.
Une seconde vague achève de libérer les photographes le 2 juin, au tribunal de grande instance de Paris. Le photographe, Luc Delahaye de Magnum, était accusé d’avoir utilisé sans autorisation l’image d’une personne dans un livre « L’Autre » (Éd.Phaïdon 1999) cosigné avec le sociologue Jean Baudrillard. Cette personne dénonçait un « préjudice caractérisé », se plaignant de « l’exploitation mercantile de ses traits à laquelle il n’a jamais entendu se prêter». Le livre représentait des visages anonymes photographiés dans le métro parisien, bien entendu, sans leur autorisation. Luc indiquait d’ailleurs sur la première page de l’ouvrage avoir « volé » ces images. Depuis quelques années on enverrait un tel voleur d’images à l’échafaud, mais, surprise, le tribunal défend, au contraire le photographe, déboute le personnage du métro et reconnaît enfin le droit de photographier.
Le tribunal indique que le droit d’une personne sur son image « n’est pas absolu et cède, notamment, devant le droit à l’information, droit fondamental protégé par l’article 10 de la Convention européenne des Droits de l’homme, qui autorise la publication d’images de personnes impliquées dans un événement, sous réserve du respect de la dignité de la personne humaine ». Le droit à l’image ne peut pas « faire arbitrairement obstacle à la liberté de recevoir ou de communiquer des idées qui s’exprime spécialement dans le travail d’un artiste ». Il reconnaît que « le but recherché n’aurait pu être atteint si le photographe avait agi à découvert » et que « s’il a « volé » ces images, ce n’est pas spécialement dans un but commercial », mais « dans la perspective de fournir un témoignage sociologique et artistique particulier sur le comportement humain ».
Maintenant que justice nous a été rendue, ne soyez plus frileux, et assumons ce « vol » des images. Photographiez et publiez sans crainte !
Didier de Faÿs

Avec la guerre d’Irak version Bush Junior, les appareils numériques et les photophones sont enfin considérés par Ronald Rumsfeld comme des armes de destruction massives de … la censure ! Le Secrétaire à la Défense, avant d’interdire les appareils photos dans l’armée, réagit à la médiatisation du scandale : « Les lire, c’est une chose; voir les photos, c’est incroyable ». Sans s’attarder sur ce que représentent les photos, il ne s’inquiète que de leur existence qui déstabilise sa guerre. Et l’ironie est que ce ne sont pas les photojournalistes « embeded » qui les ont prises - finis les reporters ? - mais les soldats eux-mêmes.
Montre-nous tes photos, je te dirais qui tu es. La ressemblance des photos de la prison d’Abou Ghraib avec des images de trophées de chasse ou des clichés de touristes est immédiate. Ce sont les mêmes sourires, les mêmes poses devant la Tour Eiffel, une bande de copains ou une pile d’Irakiens. Il est hallucinant de réaliser qu‘elles ont été prises aussi simplement et « naïvement » que des photos d’amateurs. Lynndie England pose avec un prisonnier nu terrorisé au bout d’une laisse comme un pêcheur ayant capturé un gros poisson.
Sous un angle marketing, Jacques Hémon d’Image Market, analyse le basculement observé avec l’usage des appareils photo numériques qui « remplacent les appareils traditionnels pour la prise de photos souvenir et se font également témoins du quotidien de leur utilisateur ». À Abou Ghraib, cela nous emmène très loin car le constat du quotidien des soldats qui ont pris ces photos est alors à l’image de la banalisation de la brutalité dans la vie Américaine
Quelle est la valeur de ces photos, et tout d’abord à qui appartiennent-elles ? A l’(in)humanité. Tout comme les portraits pris par Nhem Fin des victimes du camp de la mort S-21 au Cambodge, on ne peut imaginer des droits d’auteurs sur de telles images et pourtant oui, elles ont généré des profits pour les distributeurs, CBS, le New Yorker et le Washington Post. Mais ces images resteront assurément dans l’Histoire qui est aussi dans celle de l’Art car l’une d’entre-elles – le prisonnier cagoulé menacé d’électrocution qui écarte les bras debout sur une boîte - est déjà devenue une icône. Un amateur d’art parisien annonce ironiquement à Boltanski qu’il a fait des émules en Irak !
Mais l’inspiration des clichés est en fait ailleurs, c’est la pornographie version SM bon chic bon genre. Les images de Susan Meiselas d’un reportage sur la scène sado-maso, de « l’humiliation à $ 200 de l’heure » et publiées dans le premier numéro de la superbe revue « M » - comme Magnum - glacent le sang tant la ressemblance avec les photos d’Irak est, si j’ose dire, frappante… Les masques étouffants de New York sont identiques aux sacs sur la tête des Irakiens. Les soldats US, pour s’amuser ou bien sur ordres - quelle différence ? - ont réussi à importer l’imagerie bondage chère à l’occident ! Cela valait-il bien une guerre ? Les images en marqueront sans doute le début de la fin. Souhaitons que le photophone soit pour Bush ce que le magnétophone fût à Nixon.
On n’ose y croire. Le 10 juin, Gilles Legendre, le directeur de la Communication de la FNAC annonce lors d’un Comité d’Entreprise extraordinaire, la fermeture de plus de 90 % des galeries photos et, accessoirement, la suppression de 5 postes sur 8 à la Direction des Galeries Photos. Une époque épique semble voilée.
Après deux ans de présence de Denis Olivennes à la présidence du groupe FNAC, s’écroulerait une image de marque si proche de la culture et des photographes, bâtie pendant près de cinquante ans par la Fédération Nationale d’Achat des Cadres. Tous les photographes professionnels ou simples amateurs ont développé leur passion pour la photographie avec les innombrables expositions dans les galeries FNAC. Tant de carrières et d’amour pour l’image, sur deux à trois générations, ont débutés avec ces émotions fragiles et raffinées, en noir et en couleurs.
Pour Philippe Coutanceau du Comité d’Entreprise, la décision semble inéluctable. La mission de Denis Olivennes étant de réduire les coûts, la FNAC ne gardera qu’un « semblant de présence sur la photographie sur Paris, mais plus en province». Pour soigner son image, « il préfère être vu avec les people » comme lors de l’anniversaire des 50 ans (plus de 2,8 millions d’euros de budget) pour lequel des VIP furent conviés moyennant cachet, et un résultat jugé pitoyable.
Menant une politique à court terme, Denis Olivennes compte remplacer « l’essaimage culturel par de gros coups médiatiques ». La FNAC changerait donc de nature, transfèrant sa communication à son pôle marketing, et remplaçant sa liaison intime et créatrice avec la culture par des feux de paillettes aux résultats immédiats. C’est peut-être économiquement génial à court terme, mais cette politique contre culturelle à courte vue est assurément contre-nature, elle risque certainement d’être contre-productive. La CGT rappelle justement que les clients perçoivent les expositions photos comme un « élément différenciant, innovant et apprécié pour leur gratuité et donnant une image de générosité de l’enseigne ».
Il est clair que, au regard de culture et de générosité véhiculé par les expos FNAC que leurs disparitions changera probablement le comportement des visiteurs. Car on ne va pas seulement à la FNAC pour "vivre" une ambiance d’achat...c’est également un lieu de déambulation culturelle dont nos pas nous dirigent bien évidemment vers l’espace d’exposition.
Le prétexte économie est infondé, à mon avis.
Patrick MESNER (Grand reporter à France3)
Plus de second déclic !
Plus de produits argentiques !
Plus d’ appareils argentiques
Plus de monographie intéressante !
Plus de vendeurs photographes !
Plus de clients photographes !
Plus d’ expo photo correctement mise en valeur.
Alors pourquoi y aurait-il encore des expos photo !
Avez vous vu ce genre de chose chez DARTY ou CAROUF ?
Bon je vous laisse, je dois passer à la FNAC, j’ai plus de sacs pour mon "aspirateur home cinema sèche neurones" .
Amicalement
Alain DEMAY
Photographe.
Cette annonce conforte ma conviction (déjà bien amorcée avec la suppression du rayon "2° déclic", la quasi disparition du rayon argentique, et la rareté des vendeurs-vrais-photographes) que la FNAC ne veut plus être la FNAC, c’est à dire, un espace où la culture amène à l’achat, dans un climat de confiance et de professionnalisme.
Sans doute cet ex-noble établissement préfère-t-il rallier les rangs des grandes surfaces pousse-cartons et autres établissements pourvoyeurs de matériels bas de gamme, peu chers, mais de plus forte rentabilité, n’ayant pour surpasser leur bas prix que leur qualité souvent douteuse et la brièveté de leur usage.
Il est effectivement plus aisé de vendre le dernier APN à un client béotien en vantant son design, ses dimensions liliputiennes, ou le rouge métallisé du boîtier -qui va si bien avec le sac de madame... si, si, je l’ai vu !...-, que de lui expliquer la facilité de modification de la balance des blancs ou encore de lui parler de l’utilisation du flash en contre-jour...
C’est rapidement oublier, pour les dirigeants, que nombre de photographes depuis reconnus, voire célèbres, et combien d’autres restés à cappella -mais toujours aussi passionnés-, se sont découvert cette vocation au hasard et au fil des expositions FNAC, qui permettaient au plus grand nombre, souvent par hasard, de découvrir des photographes, des oeuvres, des styles, le goût de l’expression et de la perfection.
Ces photographes en herbe ont ensuite fait leurs premières armes avec un "2° déclic" au poing pour ensuite évoluer vers des matériels haut de gamme... de provenance FNAC...
J’ai moi-même, de nombreuses fois, fait appel et entièrement fait confiance au professionnalisme éclairé des vendeurs de l’époque pour le choix d’un objectif ou d’un boîtier...
L’Histoire des galeries photos FNAC était notre Histoire , et faisait partie intégrante de notre culture et de notre patrimoine photographique.
Que reste-il de plus d’un demi-siècle de légende FNAC aujourd’hui?
Sans doute une enseigne, avec le bel éclat de sa réputation passée, mais dont les néons chaleureux, alimentés à la sueur de la compétence, sont peu à peu remplacés par les strass et les paillettes du marketing et de la publicité...
Diagonale 35
Foutue Nouvelle Action Commerciale
Fin de Notre Action Créatrice
Faibles Neurones d’Avides Consommateurs
Fades Nuées d’Acheteurs Crétinisés
Fermeture de Nos Ailes Célestes
Fuyez-Nous Amateurs de Culture...
Aurélia Jaeger
Photographe
A 8 ans, premiers émois photographiques sur les murs de brique de la galerie photo de la Fnac de Lille, à l’époque où celle-ci se trouvait à côté du Furet du Nord et était la seule en France.
A 18 ans, création d’une association photo à la fac de Versailles, visites régulières en groupe le samedi dans les expos Fnac de Paris, émulation au retour et créations de nos propres expositions avec les étudiants.
A 28 ans, diplôme Louis Lumière en poche, journaliste chez Micro Photo Vidéo et chroniques régulières des expos Fnac à travers la France.
Aujourd’hui, consternation.
Julien Bolle
Petit historique de la FNAC lu sur le web suisse
André Essel, Max Théret: deux amis pour une idée
En 1954, André Essel et Max Théret ont l’idée d’offrir des rabais 7 à 25 % à leurs adhérents dans certains magasins spécialisés. La Fédération Nationale d’Achat des Cadres est née. Loin de faire l’unanimité auprès des fournisseurs, cette démarche positionne la Fnac dès ses débuts sur un de ses axes principaux : la défense du consommateur. Plus de 50 magasins sont agréés la première année.
Passionnés par la photo, André Essel et Max Théret décident d’y consacrer une pièce de leur local commercial et la transforment en Photo-Ciné-Club. Le lien de communication avec les adhérents est établi avec le journal Contact. Trois ans plus tard, en 1957, la Fnac ouvre son premier magasin à Paris, au n° 6 du boulevard Sébastopol.
L’histoire de la Fnac est lancée. D’autres produits rejoindront bientôt la photo et des Fnac s’installent partout en France.
Depuis 1994, la Fnac fait partie du groupe Pinault-Printemps-Redoute, premier groupe français de multi-distribution non alimentaire regroupant des enseignes prestigieuses - Le Printemps, Conforama, La Redoute, Gucci, Yves Saint-Laurent, Rexel, Guilbert - au sein de quatre grands pôles. Avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 27 milliards d’euros et plus de 180 000 salariés, le groupe est leader sur la plupart de ses marchés.
L’histoire rejoint celle de la gauche actuelle : de grandes idées dans les années cinquante du siècle dernier.
Cette “bonne idée”, après avoir ruiné nombres de magasins de musique en province dans les années 80, impose maintenant ses choix culturels comme étant les références indispensables, et se renie encore une fois en supprimant 90% des galeries photographiques. Arrêtez de nous parler de culture, lorsque vous parlez de capitalisme, arrêtez de nous vanter vos vendeurs alors qu’ils sont sous-payés par rapport à leurs compétences, arrêtez...
On dirait Libération qui offre ses pages rebonds à Nicolas Sarkozy, encense le nouveau Pape sans une once de critique, approuve tout programme de vidéosurveillance et ignore que ses choix culturels ne concernent que la gauche caviar parisienne.
ARRETEZ de parler CULTURE alors que vous parlez d’ARGENT. !
Un peu de CONSCIENCE et de LUCIDITÉ.
Personnellement, ça fait longtemps que je ne regarde plus la télévision, que je ne vais plus à la FNAC, excepté pour les galeries photo et que j’achète rarement Libé, simplement pour voir la dégradation.
Je m’en porte mieux.
Marie DOCHER
Voici un témoignage, le mien, juste celui d’un client de la FNAC.
Voici bien 20 ans que je suis client de cette enseigne, en fait dès que je passais quotidiennement par Paris en RER.
En revenant de l’école, ou après le travail plus tard, je m’y arrêtais, parcourant les allées, je m’arrêtais assez souvent au rayon BD et repartais quelques fois avec 2 ou 3 livres.
Vous allez me dire quel rapport avec les galeries photos... Et bien aujourd’hui, je fais de même, à la recherche de livres, de disques, mais je m’arrête voir la Galerie Photo, j’y apprends toujours quelques choses, sur un artiste, sa vision, une émotion que je découvre...
La photo, c’est la culture, une partie en tout cas.
Que reste-il a la FNAC aujourd’hui??? Plus grand-chose.
Le conseil... Oui, il reste quelques anciens vendeurs (encore) qui quand ils étaient embauchés c’était parce qu’ils connaissaient leur sujet, il n’y en a plus beaucoup...
Les prix? Sur quoi? sur le livre, il est le même partout, donc la FNAC reste concurrentielle effectivement...
Le reste, on trouve moins cher, voire beaucoup moins cher sur le net.
Alors si en plus la FNAC se détourne de la culture (d’entreprise), si elle ferme ses galeries photos...
Pourquoi voulez-vous que moi consommateur, je passe à la FNAC, pour commander en plus ce qu’ils n’ont pas en rayon ????
Autant passer mes commandes sur le net, entre la FNAC, Amazone et Archive... ou bien d’autres.
À vouloir gagner plus, à vouloir couper partout pour économiser, les actionnaires détenant la FNAC vont encore gagner quelques années, lorsqu’il ne restera plus rien de la FNAC ... elle ne vaudra plus rien non plus.
Du grand gâchis.
Jean-Michel COUREAU
La fermeture des galeries photos de la Fnac ressemble à une trahison. Trahison de tous ceux qui pensaient que la Fnac leur voulait du bien culturellement parlant et qui vont maintenant comprendre qu’elle ne veut que leur pognon. La Fnac vend des livres mais je parie qu’elle se mettrait à vendre des chaussettes si c’était à peine plus rentable. Que ce soit dit, nous vivons dans un monde qui ne fait plus de cadeaux !
Je me suis toujours arrêté dans vos galeries photo (qu’il s’agisse de la place d’Italie, des Halles ou encore en Province). C’est toujours un émerveillement à découvrir de nouveaux talents. De nouvelles techniques, de nouveaux horizons en même tant que d’acheter divers produits de consommation. Ces expositions poussent à la créativité. Elles donnent envie de produire de l’art. Vous devriez réfléchir à deux fois avant de mettre un terme à ces espaces d’expositions photographique.
Belge Frédéric
Journaliste/Photographe
Bangkok
Voilà qu’une des choses la plus géniale qui est offert par un magasin au grand public va être supprimé...! Les Galeries FNAC, qui offrent de la culture gratuitement au grande public, qui donnent aussi une vitrine aux nombreuses photographes, devient comme n’importe quel symbole de la consommation - c’est a dire, rien qu’une marketing capitaliste. Une des raisons pour laquelle que j’ai choisi de vivre ici depuis des années, c’est que, jusqu’à récemment, la vie était plus saine, on prenait le temps pour les choses importantes, il y avait un Ministère de la Culture et un vrai soutien à toute chose culturelle. Depuis un moment ça change. Pauvre France! Ne critiquez plus les Etats-Unis - vous les suivez au galop.
Jane Evelyn Atwood
Quelle expo m’a le plus marqué ?
Une expo à la fnac Villeneuve d’Ascq sur les prisons russes.
C’est là que j’ai vu qu’une photo n’est pas qu’une image esthétique.
Mais cette fermeture ne m’étonne qu’à moitié. C’est dans la logique du "non argentique" développé par la fnac depuis quelques mois. Cette négation de la photo au profit du "client".
Ma foi... que la fnac disparaisse complètement ne me fera ni chaud ni froid. Ça serait également dans la logique commerciale adoptée.
C’est dommage pour ceux qui y travaillent.
À la sortie du F6, j’ai interrogé une vendeuse fnac, pour savoir pourquoi le boîtier n’était même pas exposé. Elle m’a répondu avec, je crois, un regret dans le regard, que le boîtier d’expo avait été vendu, mais que...
Bien cordialement,
Un argentiste :-)
Je ne suis pas fondamentalement surpris par cette décision de la FNAC. Je constate, en ce qui me concerne, et ce depuis plusieurs années déjà la légèreté avec laquelle sont montées les expositions, l’exiguïté des locaux qui leur sont consacrées et leur localisation souvent en dépit du bon sens (sous un escalator à la FNAC de Toulon, non, par exemple..?). Si la FNAC ne remplit pas la fonction d’un lieu muséographique, le fait qu’elle ai cantonnée de plus en plus la photographie dans des espaces peu valorisants démontre à mon sens l’illusion qu’il y a à considérer qu’elle ai pu faire preuve de militantisme – en tous les cas dans les dernières années - dans ce domaine. J’ai souvent ressenti les accrochages comme relevant de la petite plus-value culturelle sensée valoriser l’image de la FNAC comme n’étant pas seulement un “supermarché de la culture”. J’ai été choqué très souvent par des cadres mal positionnés, une malheureuse impression de bricolage... Montrer la photographie, c’est aussi un travail sur les tirages, sur les formats, sur la lumière... Disséminer des oeuvres qui interpelleraient le chaland dans les différents espaces des magasins aurait été une belle idée. Bref, l’impression que de “vrais” moyens manquaient. Mais je me souviens avec émotion de remarquables petites expositions et des élégants coffrets qui les accompagnaient (l’Agence GAMMA, l’oeuvre de Sander etc.)... C’était il y a plus de vingt ans... Il n’en reste pas moins que l’annonce de l’arrêt de la mise à disposition d’un espace désintéressé dédié à l’image au coeur même de l’espace marchand, qui valorise une démarche d’auteur et la singularité d’un regard est malheureusement significatif d’un contexte difficile pour les photographes et la création en général. Restent les cimaises des musées...
Jérôme L. (ex- commissaire d’expositions de photographies)
Je suis peinée d’apprendre que la Fnac risque de fermer la majorité de ses galeries photo.
C’était pour moi, amateur de photo et photographe, une source d’inspiration et d’ouverture sur la culture de l’image en France et à l’étranger.
Cela nous permettait, tout en allant faire nos achats, de profiter d’un endroit calme et apaisant pour découvrir de nouveaux talents ou des photographes de renom.
Enfin je pense que ces galeries étaient importantes, surtout que la Fnac était l’un des seuls magasins à proposer une ouverture sur la photographie, qui plus est gratuitement !
Je trouve donc dommage de fermer ces lieux d’échanges, de découvertes et de beauté artistiques.
Ce que j’ai ressenti en voyant ces expos photos dans les galeries Fnac c’est un droit à la découverte et à la culture. Cela m’a fait connaitre des photographes que je ne connaissais pas ou fait redécouvrir des photographes connus tels que Cartier-Bresson, Man Ray...
C’est aussi un lieu d’expression et d’ouverture à la culture par la photo pour les enfants comme l’expo actuelle à la fnac Saint Lazare où les enfants ont photographié leurs pères...
J’espère que ces galeries seront toujours là pour ne pas oublier que la photographie fait partie de la vie...
Cordialement.
Sophie Hurel
En découvrant à l’instant que la plupart des galeries photo Fnac vont fermer, c’est bien un coup au cœur que j’ai ressenti ! En effet, ma première vraie exposition a eu lieu à la Fnac, du temps ou le directeur de ce secteur s’appelait Gilles Mijangos, en 1975. En ce temps, la photographie n’était pas en général considérée comme une œuvre d’art et je doutais beaucoup de mon travail. La chance que m’a donné la Fnac m’a permis de continuer ce travail avec plus de confiance. A partir de ce moment j’ai visité et apprécié un grand nombre des expositions organisées par la Fnac et par là, découvert beaucoup de photographes. J’ai acheté de préférence mon matériel photo dans ses magasins en profitant de ces visites pour flâner au rayon livres en en rapportant toujours plus d’un, découvert sur place.
Désormais le charme est rompu la Fnac devenant un magasin comme les autres, je trouverai aussi bien plus près de chez moi.
Il n’y aura plus d’esprit Fnac; Quel dommage !
Marion-Valentine
Dans les années 80, j’ai pu cultiver ma connaissance de la photographie d’auteurs grâce à la qualité du choix des photographes exposés.
La FNAC a su très tôt jouer un rôle important pour la promotion de la Photographie en France.
Mon père a été un des premier client à côtoyer le magasin situé rue Réaumur.
C’est ainsi qu’il m’a transmis le goût d’aller y passer des moments, pour aller découvrir des écrivains, des musiciens, et des auteurs en tout genre.
L’esprit de la FNAC, c’était justement de se démarquer en valorisant les auteurs écrivains photographes et autres.
Les rencontres et les débats publiques nous ont laissés le souvenir d’une émulation, qui justifiait le slogan agitateur de culture, avec notamment l’engagement pour la baisse de la TVA sur les livres et les disques.
A Paris , puis en province, j’ai découvert les auteurs qui sont devenus les acteurs incontournables de la photographie en France.
Le prix FNAC reste un tremplin formidable, pour présenter son travail.
Il m’arrivait parfois d’aller voir une expo pour les images, avant même d’aller visiter les rayons de cette enseigne.
Je suis très triste de voir que la culture semble ne plus être à l’honneur, seul le commerce de la photographie numérique, qui est le procédé le plus merdique qui ait été inventé soit un vecteur pour vendre du service.
Rolandquilici
Si ça continue, qu’est ce qui va bien pouvoir continuer à me pousser vers la FNAC plutôt que vers Darty pour le matériel audio ou vidéo, ou vers une grande surface pour les bouquins et les CD ? Plus rien, je crains. Et ça arrive plus vite qu’on le pense. Fin d’une époque ? Pas sûr du tout que je renouvelle ma carte FNAC. Non, pas sûr du tout...
Bernard Bandiera
Depuis l’orientation "tout numérique" de la FNAC dans ses rayons photos et la disparition du 2ème déclic, j’ai eu l’impression que la FNAC se confondait avec les grandes enseignes non spécialisées de la grande distribution... Les expos photos néanmoins me réconciliaient avec la FNAC que j’ai aimé et au détour je passais prendre la température du marché de la photo auprès des conseillers vendeurs, tous super sur les FNAC de Paris que je fréquente: Montparnasse, St.Lazare et accessoirement Ternes et les Halles...
Et bien maintenant je retournerai entre Bastille et République car mon budget photo (gros) ira chez des pros qui ne planquent pas un F6 en dessous des vitrines comptoirs et qui ne peuvent plus exposer un LEICA (Hermes et PINAULT PRINTEMPS REDOUTE ne jouent pas dans la même cour, il est vrai!) et non chez des lessiviers qui vendent bien chers avec FINAREF comme complice douteux.
La disparition des galeries me conforte dans l’idée que la culture n’est plus un vecteur de profit.
Je ne peux que ressentir cet abandon comme en phase avec une période politique où les valeurs sont baffouées par ceux-la qui s’indignent dans les stades...
Pro.Am
| N°16, mai 2005 | |||||||||||||||||||||||
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